illustration au trait représentant une planche de bois sur laquelles sont disposés, serrés, des carnets de tailles diverses, un pot d'encre de Chine et trois pièces de monnaie

Souvenirs de Nulle-part

bibliothèque (un peu bancale), machine à écrire et à imprimer des pensées

Un pas de côté

« Benoît, viens t’asseoir avec nous. Ne reste pas debout ! » Combien de fois, enfant puis adolescent, ai-je été invité ainsi à rejoindre un groupe ? Je n'en ai jamais tenu le compte. Cela était même devenu un sujet de plaisanterie pour mes amies et amis. Pourquoi cette attitude, cette position de retrait qui étonne ?

La réponse naturelle, facile, donnée par les proches ou les parents tient en trois syllabes : timidité. Un mot banal, courant, qui permet de poser un diagnostic bénin sur ce comportement de retrait. Un mot qu’il est facile de s’approprier. « Je suis timide. » Une déclaration simple, compréhensible par toutes et tous, qui ne soulève pas de question, parfois des encouragements plus ou moins gênant à « aller vaincre sa timidité » mais somme toute assez supportables.

Enfin, pour un temps, plus les années passent moins il est socialement acceptable de se montrer timide. L’attitude mignonne devient alors un signe de faiblesse, un défaut à combattre, à tourner en dérision en une sérigraphie sur un t-shirt ou une tasse. « Je suis timide mais je me soigne. »

Timide, vraiment ?

Je ne me suis pas posé la question avant récemment. Il était bien plus facile de se reposer sur un fait défini et accepté par toutes et tous. Par curiosité, j'ai été interroger le Centre national de ressources textuelles et lexicales sur l'étymologie du mot.

Étymol. et Hist. 1. 1528 « qui est d'un naturel craintif, facilement effrayé » (Dassy, Peregrin., fo17 rods Gdf. Compl.); 2. 1654 « qui manque d'audace, de vigueur, qui est incapable de prendre des décisions énergiques » (Ablancourt, Lucien ds Rich. 1680); 1674 « se dit du manque de hardiesse dans les ouvrages de l'esprit » (Boileau, Traité du sublime, préf. du trad. ds Littré); 3. 1670 « qui manque d'aisance et d'assurance dans ses rapports avec autrui » (Molière, Les Amants magnifiques, I, 1). Empr. au lat. timidus « craintif, timide, circonspect ».

Rien ne me parlait dans ces définitions. Rien jusqu'à ce que je lise le dernier mot : circonspect. Faire un pas de côté, se tenir à l'extérieur du cercle pour avoir une vision d'ensemble, observer les échanges les postures, essayer de comprendre les enjeux, lire les émotions : c'est une stratégie pour tenter de trouver le bon mot, le bon geste, la bonne réaction vis à vis des personnes, du groupe, de cet ensemble particulier qui semble ne pas fonctionner comme je le ferais.

Faute de certitude, se tenir en retrait et se taire.